La Banquise

Chroniques bretonnes sans pluie

15 février 2009

Victoire

Alors que ses jambes ballotaient en rythme contre la commode anglaise d’époque Victorienne que lui avait léguée sa grand-mère, Gersende se demandait comment elle en était arrivée là. Entre deux secousses aériennes et sémillantes, sa pensée se mit à vagabonder hors du vestibule.

Dehors, un chien aboyait sans caravane de passage, des voix se faisaient entendre dans la ruelle voisine, la pluie tambourinait sur les vitres de la porte d’entrée. De son trône flageolant, elle pouvait apercevoir son couple de perruches médusées qui solidement perchées sur leur promontoire, la lorgnaient d’un air réprobateur. Mais tant qu’elles avaient leur ration de graines journalière, elles n’avaient cure des fredaines de leur engraisseuse. De plus, leur volière étant hors de danger et surtout, hors de portée, elles pourraient donc sous peu, profiter d’un repos auditif et occulaire bien mérité.

Le tremblement de terre Victorien allant bon train, Gersende passa en revue ses efforts matinaux.

La veille elle s’était procuré une brosse à dents électrique qui, dixit ses copines, lui donnerait un sourire détartré et hollywoodien, idéal après avoir engloutit au petit déjeuner, 3 pains au chocolat accompagnés de leurs miettes. Au réveil elle avait filé dans la salle de bain, avait pris une douche puis s’était enduit le corps de lait parfumé, avait vernis les ongles de ses orteils d’un rouge carmin et avait passé beaucoup de temps à boucler ses cheveux au fer à friser, et cela, mèche par mèche. Puis c’est fière d’elle qu’elle s’était glissée dans une délicieuse robe rouge, avait soigneusement enfilé une paire de bas noirs et avait chaussé une paire  d’escarpins à talon bobine.

Il était bien loin le temps où le plus beau compliment que l’on pouvait lui faire, était de lui dire qu’elle était d’une fidélité à toute épreuve, surtout lorsqu’il s’agissait de garder les sacs à mains lors des soirées en vue de l’époque. Ces temps immémoriaux qui la virent régulièrement se gameller sur le trottoir alors qu'elle courait pour attraper son bus, se rendre en cours la culotte coincée dans la botte, passer un après-midi de shopping avec un seul œil maquillé ou bien roter en baillant au visage du seul courageux à peu près regardable qui avait décidé de l’approcher, oui ces années d’auto sabordage étaient bel et bien révolues.

Fort heureusement les temps avaient bien changé et mère nature lui avait rendu justice en chambardant ses chromosomes au sortir de l’adolescence. Ainsi, après un budget conséquent consacré aux crèmes et autres poudres de perlimpinpin, elle avait eu gain de cause, et non pas la cause du gain.

Il n’en demeurait pas moins qu’elle s’interrogeait toujours. Alors que ses boucles mousseuses se détendaient dangereusement, luttaient contre l’attraction terrestre ou plutôt contre les trépidations insatiables de celui qui ébranlait sa pauvre commode au point de creuser un sillon dans le mur à chaque coup de croupion, Gersende se mit à bafouiller une doléance à peine audible.

-« humppfff ….arrê….tt…heu…non….. »

Non décidemment ce n’était pas sa journée. Elle avait de toute évidence omis un détail important, la broutille qui lui aurait évité de se faire couillonner de la sorte, le derche posé sur la commode de grand - maman.

Posté par Eiwen à 17:44 - Babillage - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tes mots m'ont fait sourire, ils sont recherchés et c'est ce qui caractérise tes textes. Vraiment je trouve ça très bien écrit et ça mérite plusieurs lectures pour en découvrir toutes les subtilités.
Bisou
Sarah

Posté par Sarah, 16 février 2009 à 23:36

Merci!
Ce n'est pas du vécu hein !Enfin,.. je n'ai pas de commode Victorienne ;)
Je me suis juste inspirée des aventures des copines.

Posté par Eiwen, 17 février 2009 à 09:08

C'est marrant parce que l'espace d'une seconde je t'ai imaginée sur ta commode anglaise! :D

Posté par Sarah, 17 février 2009 à 11:18

Rhoooo....
Non non, ce n'est pas moi!
Ma commode est vierge, enfin, elle a plus de 100 ans donc j'ignore ce qu'elle a pu voir avant!
De toute façon, les roulettes sont trop fragiles ;)

Posté par Eiwen, 17 février 2009 à 13:03

J'imagine bien un Quentin Blake déluré illustrant ce texte :))

Posté par jean-christophe, 18 février 2009 à 08:33

Quentin Blake??? C'est vrai que ça pourrait être pas mal du tout..
Je prends ça comme un compliment!
Je ne connais son travail qu'à travers les illustrations qu'il a faites pour les livres de Roald Dahl que j'adore!D'ailleurs, ceux et celles qui lisent ceci, lisez Roald Dahl!!C'est drôle, frais, piquant et actuel, ça fait du bien..
Merci de ta visite Jean-Christophe :)

Posté par Eiwen, 18 février 2009 à 09:37

J'aime beaucoup cette petite histoire et le style subtil qui va avec.

Posté par Spencer, 20 février 2009 à 09:58

pas commode

Pas commode de trouver le juste ton, mais c'est bien tourné, en effet. Des tiroirs, non?
(R. Dahl, j'adore, un humour qui tue.)

Posté par Ólöf, 20 février 2009 à 22:30

@ Spencer : merci !
@ Olöf : merci, venant de toi je prends ça comme un compliment.Et non pas de tiroir, quoique,il se pourrait que tu m'aies donné une petite idée !

Posté par Eiwen, 21 février 2009 à 12:44

J'adore j'adore j'adore ...
Tu ne veux pas écrire plusieurs page sur ton héroïne ?! :D

Posté par Nin, 26 février 2009 à 16:22

Je vais y penser Nin..mais si ce n'est pas elle au prochain épisode, ce n'est pas grave?

Posté par Eiwen, 10 mars 2009 à 20:52

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