11 mars 2009
Code bancaire
Je n’avais à ce jour, plus aucun point de repère. J’avais beau chercher, fouiller, mais je devais me rendre à la triste évidence, je nageais en plein marasme. Mes idées s’embrouillaient, mes plantes d’appartement fanaient à vue d’œil et je ne parvenais même plus à doser mon café correctement.
Chaque petit détail qui d’ordinaire me semblait anodin ou distrayant s’était transformé en belligérant obscure et contrariant. Des forces nébuleuses me titillaient sans vergogne et mon quotidien sombrait lentement dans un tourbillon ubuesque et affligeant.
Pourtant, il fut un temps où je ne me posais aucune question. La vie suivait son cours, joyeuse et délurée. Chaque matin était pour moi l’annonce de tous les possibles. J’étais comme un jeune poney fringuant et brutal, je sautai du lit avec la certitude insolente que rien ni personne ne pourrait me résister et je dois avouer que cela fonctionnait fort bien.
Je ne manquais jamais de me mirer dans tout ce qui pouvait refléter mon image : le dos d’une cuiller, une vitrine, la face réfléchissante de mon portable. En fait, je n’en pouvais plus d’adoration de moi-même. Le soleil brillait pour moi, la pluie était honorée de couler sur mon visage, le vent enveloppait mon aura et chaque brin d’herbe me remerciait de l’écrabouiller. N’ayons pas peur de l’avouer, j’étais l’épicentre de chaque élément.
Quelle liesse, quel délice que d’être adoré de Mère Nature, car oui, j’étais la sève de chaque arbre, l’atome de l’ivoire et de l’ébène, le gluon de mon plancher. En ce temps là, je marchais la tête haute, je flottais dans les airs et j’avais à mes trousses, une horde de femmes languissantes. D’ailleurs, je me désolais de ne pouvoir toutes les satisfaire, et pour y remédier, j’appliquais une sélection draconienne. Certes, il m’arrivait d’être parcouru par quelques remords, mais je me devais de suivre la rançon de la gloire et d’allouer ma magnificence comme il se devait. Hélas, je n’étais pas doté du don d’ubiquité et j’avais donc décidé de m’abstenir de donner de l’espoir aux plus laides, aux mal fagotées, ou bien encore à celles qui me semblaient dénuées de tout intérêt économique.
Beaucoup me taxaient de goujat, de roi de la gaudriole, ceux là même qui, j’en suis persuadé, même après une batterie d’efforts harassants devraient un jour capituler à l’idée d’égaler ma beauté chryséléphantine.
Mais il s’était passé quelque chose. Un évènement que je n’avais pas prévu .Pour tout vous dire, je ne suis toujours pas certain que ce soit la cause réelle de mes tourments. Comment était-il possible que la mandorle qui irradiait chacune de mes cellules se mit un jour à s’affadir pour n’être plus qu’un rond de papier crépon ? Et ce constat fait, avais-je l’autorisation à la rébellion ?
Comment était- il possible qu’un compte en banque bien garni puisse devenir le sicaire de mon existence ? Mince ! Moi qui croyais que mon être valait bien plus qu’une liasse d’euros, je devais désormais faire face à une inconnue des plus insolvables.
J’avais vaguement entendu parler de crise, de chambardement bancaire planétaire, mais personne ne m’avait dit qu’un jour, on me tournerait le dos ainsi, qu’on me mettrait devant un guichet pour obtenir des droits. Je leur avais bien dit pourtant, que les droits, c’était les autres qui les obtenaient lorsque que je le décidais. Je leur avais bien dit, à la piétaille, que le droit, c’était moi.
Commentaires
GRATTIS!
Un texte praliné et piquant à la fois. Surréalisme mousseux. Jolijoli.
Merci!Un vrai compliment pour moi.
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